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[RP à 4 Mains] Dans les bas fonds du Mëtro...
« le: 08 janvier 2017 à 10:15:57 »
 Seconde s'extirpe difficilement de la borne de réincarnation. Si les plaies ont déjà cicatrisé, les ecchymoses qui lui recouvrent désormais le corps mettront plusieurs jours à disparaître.

Réajustant sa tenue, se recoiffant, elle embrasse du regard la salle obscure du Mëtro. Dans un coin, ellle aperçoit une femme au crâne rasé et peu reluisante. Seconde sort un mouchoir de sa poche, et y crache le sang qui lui coulait dans la gorge. Elle murmure :

"-Peuh. Quatre fois en si peu de temps...  Je vais finir par développer de nouvelles tares."

Puis interpellant la craintive, elle lui lance :


"- Hé oh! La craintive! Venez donc m'aider à débloquer, la borne de soin! Il semble que le soldat Batman ne se soit pas correctement réincarné et que sont esprit ne lui permette plus d'agir.


- Ensuite vous m'accompagnerez au front. Nous sommes trop peu nombreux pour nous octroyer de délicieuses vacances à l'abri dans le Mëtro!"
-= Seconde Zone =-

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Re : [RP à 4 Mains] Dans les bas fonds du Mëtro...
« Réponse #1 le: 08 janvier 2017 à 17:09:19 »
Le flux de réincarnés allait croissant, ces derniers temps. Au même rythme que le cliquetis glacial des percuteurs d'arme d'infanterie, semblait-il. La surface était le théâtre d'une bataille rangée, tout le monde était affairé à retrouver ses compagnons de combat, après que la technologie ait reconditionné et resynchronisé corps neuf et esprit toujours aussi imparfait et prompt à l'erreur.

Elle avait déjà aperçu au moins une fois cette femme qui l'interpellait alors. Elle ne s'était pas intéressée à ce qui l'entourait, repartant au triple galop vers la surface. Mais ce n'était pas le cas, à ce moment-ci. Sa dégaine, le ton qu'elle employait, rien de tout cela n'invitait à lui répondre. S'il ne s'était agit que de cela, elle aurait simplement fui, qu'importe qu'elle ait cherché à la rattraper ou non. Mais il y avait autre chose, qui la poussa à approcher. Un cas de rebut technologique, pourtant extrêmement rare au demeurant... Mais la salle de l'ancien métro semblait contenir plusieurs de ces poupées de chiffon, au regard vide et emmurée dans une prison d'immobilisme.

D'aspect plutôt maladive, la "craintive" comme elle l'avait nommée, profita de la relative obscurité de la galerie souterraine pour couvrir son crâne d'un bonnet grossier qu'elle enfonça jusqu'aux oreilles, avant de se redresser et d'avancer lentement vers Seconde Zone. Elle lui adressa un bref regard, à mi-chemin entre méfiance et défiance, puis avança une main frêle en direction du visage figé de celui qu'elle avait nommé "Batman". Elle était gelée jusqu'aux os, mais le soldat à demi-réincarné, lui, n'aurait rien eu à envier à un bloc de glace carbonique. Elle frissonna, non pas de peur mais d'excitation. Sa curiosité, qui avait déjà été aiguisée par l'injonction de Seconde Zone, atteignait alors son paroxysme. Elle n'avait pas parlé depuis des jours, en plus du froid ambiant, d'où une voix rauque et éraillée qui murmura:


- Fascinant. Absolument... fascinant.

Détachant son regard de la poupée sans vie, elle soutint un moment le regard de son interlocutrice fraîchement réincarnée, avant d'annoncer d'une voix à peine audible:

- Laissez-moi les étudier. Mon cerveau a plus de valeur ici que là-haut sur les pavés.

Elle ponctua sa déclaration d'un mouvement du nez en direction de la surface, où grondaient toujours les combats.
Entrez, mes souvenirs, ouvrez ma solitude !
Le monde m'a troublée ; elle aussi me fait peur.
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Re : [RP à 4 Mains] Dans les bas fonds du Mëtro...
« Réponse #2 le: 08 janvier 2017 à 18:50:38 »
Lorsque Solitude sembla s’intéresser aux pauvres corps sans âme qui jalonnaient la pièce, Seconde afficha une petite moue sceptique. Elle préféra dans un premier temps ignorer la requête de la femme au crâne rasé. Elle trouva même ce sujet d’étude plutôt intéressant , mais souhaitait connaître les véritables motivations qui animaient une telle démarche.

Et surtout… Rien ne pressait. Seconde devait se remettre convenablement de cette dernière mort pour le moins violente. Elle s’assit donc par terre, le dos appuyé contre le mur du Mëtro, et regarda Solitude « d’en bas ». Elle sortit une cigarette avant de lancer sur le ton de la conversation :


- Je me trompe peut-être, mais vous n’avez pas l’air d’aimer beaucoup les gens ?!

Seconde commença à jouer machinalement avec l’une des trois boucles d’oreilles qui ornaient son oreille gauche.


- Et si je me fie à votre apparence vous en avez sûrement bavé… Comment êtes-vous arrivé là ?

Puis arborant une mine confuse, elle lui tendit la main :

-        Oh et je vous prie de bien vouloir m’excuser. Je manque à tous mes devoirs et je ne me suis pas présentée. Ici tout le monde m’appelle Seconde Zone ou Seconde... Aux dernières nouvelles je suis sous-lieutenant du Capitaine. Comment vous faites-vous appeler ?!
-= Seconde Zone =-

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Re : [RP à 4 Mains] Dans les bas fonds du Mëtro...
« Réponse #3 le: 08 janvier 2017 à 21:07:48 »
Sous-lieutenant du capitaine? D'un coup d'un seul, Solitude se raidit. Etait-elle tombée dans la gueule d'un loup d'où elle parviendrait à s'extraire? Sa confiance envers les gens - même ceux qu'elle avait l'habitude de cotoyer - s'était étiolée en bien peu de temps après la suite... d'incidents" qu'elle avait pu connaitre.

Et surtout, une voix bien ancrée dans son esprit lui hurlait de ne pas dévoiler tout ce qu'elle était. Soit, elle était du côté de la Compagnie des Ombres, puisqu'elle était l'ennemie de l'Aube Rouge, mais elle n'était pas dans l'obligation d'être totalement sincère non plus. Elle n'avait prêté aucune allégeance, à ce jour. Elle devait voir ses propres intérêts, sa propre protection avant tout. Elle ne prit pas la main tendue, mais adressa un infime signe de salutation.


" Je n'ai pas de nom. Comme vous, les gens m'affublent de sobriquets, au gré de leurs humeurs. La craintive, la solitaire, la mendiante, sale garce... Choisissez celui qui vous fait le plus plaisir, sous-lieutenant "

Elle ne savait pas si la CdO détenait des informations d'identité sur des employés de l'AR, mais son apparence physique ayant tellement changé, elle comptait sur ce point pour se fondre dans la masse de réfugiés et de nouveaux corps incarnés dans le métro désaffecté. Estimant avoir répondu à la question, elle revint aux sujets sans esprits, les fixant d'un oeil expert, rassemblant un certain nombre d'éléments visibles pour expliquer leur état. D'une voix qu'elle voulut distraite, insouciante, elle reprit:

" Vous devriez prendre le nom de Holmes. Une vraie détective, n'est-ce pas?"

Elle ne parvint pas à faire suivre cette boutade d'un rire. Un peu comme si elle avait oublié. Comme si on l'avait déprogrammée. Que lui arrivait-il? Elle y penserait plus tard.

" Qui vous dit que je ne suis pas une folle qui me suit infligé tout cela? C'est bien connu que les miséreux ne cherchent qu'à s'enfoncer encore plus dans la misère. "

Elle s'était emportée, sur cette fin de phrase. Au fur et à mesure qu'elle parlait, beaucoup trop de souvenirs venaient embrouiller son esprit et elle avait de plus en plus de difficultés à compléter ses phrases.

" Peut-on vraiment... faire confiance... dans cette société qui nous a été... imposée? "

Soudainement prise d'un léger vertige, elle laissa son examen en suspens, se retourna vers Seconde Zone et se dirigea vers le mur, à une dizaine de mètres d'écart, concentrant tout ses efforts pour ne pas tituber. Elle s'assit finalement, et tourna la tête, lasse, vers sa compagne de conversation.

" Ne vous fiez pas tant aux apparences, mademoiselle. J'ai peur des gens... mais je ne les déteste pas. Et cette vie, quelque part, je l'ai choisie. Mais j'ai bien peur de ne pas avoir la force de me battre pour quelqu'un d'autre que moi-même. "

Elle laissa retomber un lourd silence, avant de finalement demander:

" Avez-vous des équipements médicaux, par ici? Ou du moins un praticien? "
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Re : [RP à 4 Mains] Dans les bas fonds du Mëtro...
« Réponse #4 le: 08 janvier 2017 à 21:34:27 »
Seconde retira sa main avec un petit sourire en coin.  Expirant une bouffée de cigarette elle répondit :

-  Je ne voulais pas être désobligeante. Pourrions-nous vous appeler Solitude dans ce cas ?!

Elle ne put s’empêcher d’apprécier à sa juste valeur la référence littéraire tintée d’ironie lancée par Solitude. Les armoires de son conteneur étaient pleines de livres récoltés au fil de ses missions ou achetés sur les marchés parallèles.  Les livres de Feu Sir Arthur Conan Doyle y tenaient d’ailleurs une bonne place. Bien avant de rejoindre les ombres, elle déplorait déjà cette politique néfaste et agressive envers les intellectuels. Elle sourit de plus belle, et mutine lui répondit :

- Les lecteurs sont rares par ces temps troublés. Les ouvrages encore plus. Si cela vous intéresse, je devrais pouvoir trouver quelques pages.

Puis, contemplant le goute à goute du plafond orné de petites stalactites de calcaire, elle reprit doucement :

-  Je vous trouve bien amère dans votre propos.  Et les situations… Disons… « Compliquées ». Peuvent nous conduire à de terribles extrémités.

-  Quoi qu’il en soit.  Malgré vos tentatives de dissimulation,  si vous êtes directement issue de ces « miséreux » comme vous les appelez…  Vous êtes une miséreuse instruite. Votre niveau de language et votre culture littéraire vous trahissent.  La fille d’un écrivain, d’un professeur contraint de fuir peut-être… Ou simplement la victime d’un régime que vous avez servi durant de nombreuses années.

- Et même si je vous soupçonne suffisamment futée pour jouer les ingénues, le bureau du recrutement doit bien posséder quelques informations sur vous de toute façon…


En entendant les aveux de faiblesses de Solitude, l’ancien soldat de la marine serra les lèvres. Elle ne put s’empêcher de la fixer intensément de ses yeux noirs. Profitant du silence, elle écrasa sa cigarette sur le sol, sortit une petite boite en letton ornée d’une ancre de marine et y rangea son mégot. D’une voix plus dure, elle termina :


-  Si je suis ici, c’est justement que je n’ai plus rien ni personne à défendre Mademoiselle. Et elles sont nombreuses les ombres dans mon cas. Je ne vous demande pas de vous battre pour quelqu’un, mais contre quelqu’un.

 

- Quand au médical, les seuls éléments dont nous disposons sont ces bornes de soin. Pour lesquelles je demandais justement votre assistance. Sur le font… Pendant les combats... Il n’y a que garrots sommaires, doses de morphine injectée maladroitement et pansements mal réalisés. Nous sommes en sous effectifs. Et si nous manquons de soldats... C’est avant tout le temps qui nous fait défaut.
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Re : [RP à 4 Mains] Dans les bas fonds du Mëtro...
« Réponse #5 le: 08 janvier 2017 à 22:10:54 »
Elle avait l'esprit plus vif que l'on aurait pu le penser, pour un soldat. Dissimulant son trouble, elle réajusta son bonnet, l'enfonçant profondément sur ses oreilles

" Solitude?! Soit. Pour vous, je serai "Solitude". "


Coutumière de la lecture, même de vieux ouvrages, elle ne s'était jamais rendu compte que l'Aube Rouge filtrait scrupuleusement l'accès à ces livres. Les services d'endoctrinement ne laissaient que très peu d'éditions libres, à tel point que seules subsistaient des rééditions revues et corrigées par le régime, ou des ouvrages d'origine qui avaient traversés les bibliothèques et les générations... et étaient confisqués lorsqu'une perquisition permettait de les déceler.

" Je ne sais si l'on peut parler d'instruction. Mais j'aimais beaucoup lire, il est vrai. Ce qui m'étonne, c'est qu'une personne de votre genre ait connaissance de certaines références du XIXème siècle. Au premier abord, vous semblez plus... marginale, que cela. Sans offense."

Elle fit une pause, fixa un instant ses mains crasseuses, ses manches salies et son pantalon de toile déchiré et poussièreux. Elle aurait voulu pousser un léger ricanement, mais rien ne vint. Bizarrement.

" Remarquez, maintenant que j'y pense, cela s'applique tout aussi bien à moi."

Elle secoua la tête d'un air las. Un mouchoir en tissu à carreaux d'une propreté douteuse fit irruption d'une de ses nombreuses poches. Juste au cas où. La voix plus dure du lieutenant, vis à vis des raisons de se battre interpella la fugitive. Elle remarqua également le symbole sur la boite à mégots. Elle se permit alors de la questionner:

" Marine? Quel corps? Commando? Aéronautique? "

Un silence

" Si vous n'avez "justement" plus personne à défendre, je comprends que cela fut le cas, par le passé. Quoi qu'il ait pu se passer, je ne peux rien pour vous. Même pas comprendre. J'ai toujours été seule, et je n'ai jamais cherché la compagnie d'autres personnes. Et c'est le peu de personnes que je côtoyais qui m'ont vendue..."

Désireuse de détourner le sujet de la conversation loin de son passé et de ses origines, elle s'attela à décrire ses propres aspirations.

" Je veux mettre à bas l'Aube Rouge, avant qu'il ne soit trop tard. C'est tout ce qui m'anime. Je me rend compte que seule, je n'y parviendrai pas. Mais je n'arriverais jamais à faire confiance à une troupe de mercenaires et de terroristes aux motivations aussi diverses qu'obscures."

Voilà que ça recommençait. Plaquant le mouchoir contre son nez, elle se détourna vivement puis appuya sur sa narine gauche et souffla avec force et bruit pour décongestionner la droite. Ce qui résulta de cette opération était trop rouge vermeil pour des mucosités. Elle demeura ainsi détournée une bonne minute. Lorsque le flux s'arrêta, elle rangea le mouchoir qui avait littéralement changé de couleur. Elle se remit debout, fit craquer une vertèbre cervicale apparemment bloquée avant de lancer


" Le champ de bataille n'est pas pour moi. Si vous tenez à m'y emmener, je vous suivrais. Je saurais toujours faire le médecin de fortune. Mais j'ai d'autres ambitions pour tailler en pièces le Chancelier et ses sbires. Ou du moins pour faire pencher un maximum la balance en leur défaveur."

Revenant à Seconde Zone, elle la fixa à son tour, sur un air presque moqueur

" Si tant est que je parvienne à vous suivre, je n'ai pas une démarche très militaire"
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Re : [RP à 4 Mains] Dans les bas fonds du Mëtro...
« Réponse #6 le: 08 janvier 2017 à 23:01:25 »
Seconde releva légèrement son menton et fronça les sourcils. Bien que Solitude prit quelques précautions pour ne pas la froisser, Seconde n’appréciait guère les allusions. Elle connaissait les défauts que l’on attribuait généralement aux soldats. Et s’il était vrai que beaucoup correspondaient à cette description peu flatteuse, elle ne supportait pas la généralisation. Dans un claquement de langue, elle répondit sèchement :

- J’ai eu la chance de recevoir une éducation tout à fait satisfaisante. Si mon intérêt se portait sur les lettres et les arts, à la sortie de l’école mon envie de voir le monde fût plus forte encore. Et bien qu’ayant été affublée du titre "honorifique" de sous-lieutenant, c’est dans l'espionnage et l'infiltration que je souhaitais m'illustrer ... Mais une nouvelle fois... Le problème des effectifs ne peut être ignoré.

Avec satisfaction Seconde observa que Solitude s’ouvrait et s’intéressait finalement à autre chose qu'aux cadavres. Lorsque survint la question sur son cendrier de poche, elle ne put cependant réprimer un rictus amer. Elle joua avec le couvercle et le fit claquer à trois reprises.

- Initialement infanterie. Pour vous faire comprendre… Je pourrais vous arracher les tripes. Littéralement. Il s’agirait probablement d’une reproduction assez fidèle de mon ressenti. 

Puis, laissant apparaitre par jeu la lame de son couteau de boucher… Elle lui tira légèrement la langue. Et repris :

- Mais rassurez-vous je n’en ferais rien. Et croyez bien que je me trouve bien navrée pour vous et vos expériences malheureuses.

- Néanmoins, nous autres les “terroristes”, les “mercenaires”, les ombres des bas fonds… Nous n’accordons pas non plus aisément notre confiance. Présentement, tout ce que nous attendons de vous présentement c’est de la hargne et un brin de cruauté pour mettre à terre l’Aube Rouge!


Seconde imita la jeune femme et se releva à son tour. Main dans le dos, elle fit quelques pas, les jambes raides, regardant le bout des ses rangers et semblant réfléchir… Elle s’arrêta devant la borne de soin qui retenait le pauvre Batman et tenta de l’en dégager. Elle tira, mais la chaire figée depuis plusieurs jours semblait s’être dilatée. Il paraissait impossible d’extirper l’être sans âme de sa cellule...

Sans hésiter plus longtemps, la jeune femme aux longs cheveux bruns sortit sa lame et entreprit de “tailler dans le lard”. Une giclée de sang lui obstrua momentanément la vue. Elle l’essuya du revers de la main et se retourna encore couverte d’hémoglobine vers Solitude :


- Et bien! Venez "Enfant" ! Je serais bien surprise que vous ne dissimuliez pas un objet tranchant sous vos nippes… Montrez moi ce que vous savez faire avec, et aidez moi à dégager ce pauvre type.

- Sur le terrain… Je tâcherais de vous trouver une position qui vous conviendra. Médecin de terrain si cela vous attire?! En revanche, il me faudra certainement vous introduire auprès du Capitaine.


Toujours occupée à oeuvrer sur le pauvre soldat inerte, Seconde nota du coin de l'oeil le mouchoir ensanglanté. Décidément. Cette fille ne respirait pas la santé. Il faudrait y faire attention. Peut-être même lui apporter un soin particulier.

- Ah et j’y pense! Au diable les formations et la rigueur militaire! Nous sommes plus proches de la milice que de l’armée… A titre personnel, sachez que si la neige des derniers jours m’a contrainte à adopter des chaussures fermées… Je déambule habituellement sur le terrain en escarpins.
-= Seconde Zone =-

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Re : [RP à 4 Mains] Dans les bas fonds du Mëtro...
« Réponse #7 le: 09 janvier 2017 à 20:48:30 »
" Voyez-vous cela? Une artiste/littéraire reconvertie en tueuse de sang froid "

Ironiser face à ce genre d'arme était sa seule issue pour masquer son mal-être. Sa main commença à se porter instinctivement vers son crâne couvert, geste qu'elle interrompit dès qu'elle en prit conscience. Elle était dans le métro... Dans le métro. Et nul part ailleurs. Elle fit mine de hausser les épaules avant de glisser:

" Chacun sa croix. Vous ne porterez pas la mienne, et inversement. S'apitoyer dessus, c'est du temps - que nous n'avons pas - gaspillé. "

Non sans hésitation, elle ajouta finalement:

" Si ce n'est qu'une collaboration par la force des choses... disons que des efforts peuvent être fait... temporairement. "

Solitude observa attentivement Seconde qui se relevait et se dirigeait vers le soldat emprisonné dans la borne de réincarnation. Elle ne fit pas dans le détail et se mit à se couvrir du sang du défunt cobaye, signe que celui-ci n'était pas mort depuis bien longtemps. Fluide mais d'un rouge bien plus sombre que celui parcourant le corps d'un être vivant. Sa température avait déjà chuté, il était arrivé au dernier stade de lividité, ce qui indiquait qu'il était là depuis au moins deux jours. Ce gonflement des tissus, par contre, elle ne l'expliquait pas. A l'inverse, un cadavre était sensé se contracter, se déssècher et - in fine - passer par la phase de décomposition.

Elle vint se poster aux côtés du sous-lieutenant pour constater les dégâts causés. De profondes entailles, mais les endroits où Seconde Zone avait enfoncé son arme semblaient justement se ramollir, plus rapidement qu'ailleurs. Une idée lui vint alors:


" Cette cabine doit être mal calibrée. L'individu est mort, mais son corps est toujours alimenté en oxygène, ce qui le fait gonfler puisqu'il ne peut plus l'expirer. Nous pouvons le tirer de là, mais il faudrait régler la machine, pour éviter d'autres incidents de la sorte "

Bien loin de posséder un coutelas aussi imposant que la jeune femme, c'est un scalpel avec une lame légèrement incurvée que l'ancienne collaboratrice de l'Aube Rouge sortit d'un petit kit avec des lames de rechange, un nécessaire pour désinfecter et nettoyer les outils et une petite pièce de céramique qui devait servir à l'affûtage des lames. Autoritairement, elle assena un petit coup d'épaule pour prendre la place de la jeune femme. Plus symbolique que véritable, cette charge improvisée lui confirma ce qu'elle savait déjà à moitié: elle tenait bien mieux sur ses deux jambes à moins d'une heure de sa réincarnation, qu'elle qui n'avait jamais eu à user du processus. Pas moyen de lui fausser compagnie par la force.

Elle entreprit de faire dégonfler le cadavre, en perçant des points stratégiques - en particulier les artères et veines les plus accessibles, ainsi que quelques muscles qui empêchaient de le désincarcérer de sa cellule. Les volumes d'air et de sang libérés additionnés au découpage de quelques muscles qui deviendraient alors moins rigides permettraient de le faire se mouvoir plus facilement. Alors qu'elle se lançait pour la première incision:


" En revanche, il me faudra certainement vous introduire auprès du Capitaine. "

Elle manqua la fémorale de deux bons centimètres. Laissant le scalpel planté là, elle maugréa:

" En espérant qu'elle ne soit pas aussi caractérielle que le rapporte les "on-dit" des bas-fonds. "

" Autrement, je suis foutue " songea-t-elle

Un soldat en escarpins? Et pourquoi pas en tutu rose tant qu'on y était? Effectivement, cela semblait plus tenir de la milice hétéroclite que de l'armée régulière stricte et disciplinée. Mais après tout, s'ils parvenaient à résister de cette façon, grand bien leur en fasse.

" J'ai laissé mes tongs à Päris plage voici quelques mois. Les objets trouvés ne semblent pas les avoir retrouvées. "

Même sourire était une épreuve, ce qui devait lui donner un air coincé et angoissé au possible. Elle n'avait toujours pas pu rire de sa propre boutade. Comme si ce réflexe avait été effacé de son patrimoine génétique, de son subconscient et de sa mémoire. Elle reprit sa propre lame, et réussit sa première incision. Plus que quelques unes, et la cabine de soins serait prête à être remise à niveau.


" Et laissez-moi deviner, vous êtes plutôt à planter vos ennemis avec un couteau à beurre, lorsque c'est l'heure du petit-déjeuner? "
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Re : [RP à 4 Mains] Dans les bas fonds du Mëtro...
« Réponse #8 le: 10 janvier 2017 à 11:01:47 »
Seconde ne cessa de regarder derrière son épaule ; d’observer les moindre faits et gestes de  Solitude. Une sale habitude qu’elle acquise, là encore,  dans la marine. En situation « désavantageuse », il s’était toujours révélé utile  d’identifier en amont celui serait susceptible de vous poignarder dans le dos,  qui risquait de s’effondrer en larmes, ou s’enfuirait sans même un regard pour ses frères d’armes…

Sans un mot, elle hocha la tête plusieurs fois en signe d’approbation. Du temps, ils n’en avaient pas. Sur ce sujet  le débat était clôt. Elle estima qu’elle pouvait accorder – au moins temporairement – sa confiance à la jeune femme au crâne rasé. Disons… A 65%. Peut-être.
Seconde ne se formalisa nullement du coup d’épaule et profita de cette occasion pour reculer de quelques pas et analyser ainsi en détails les gestes précis et assurés de Solitude. Assurément cette femme savait manier ces lames à la perfection. Un ancien médecin… Ou une biologiste peut-être ?!


-   Vous savez y faire. Votre attrait pour le corps et humain et cette trousse sortie promptement. Ce n’est pas un hasard je présume?! Qui êtes-vous ?

Le sous-lieutenant réprima ensuite un sourire en entendant les craintes de Solitude. Elle lui répondit :

- Hum… A mon sens… Caractérielle n’est pas le terme le plus approprié… C’est une femme… « volontaire ». Aux coups de sang… Réguliers j’en conviens. Mais néanmoins, une femme impressionnante. Et je suis bien curieuse de vous voir évoluer en face d’elle. Elle ne réagit pas toujours... Sereinement face à l’insolence. Mais vous verrez. Cela donne parfois lieu à de très cocasses situations.

Seconde marque un temps d’arrêt. Elle plissa les yeux. Et ne put s’empêcher de penser que cette femme se révélait aussi délicieusement odieuse qu’elle-même.  La capacité à sourire et à rire en moins visiblement.

Pendant plusieurs années, elle-même ne s’était gaussée que dans le cadre de situations préméditées, ayant toujours pour objectif une quelconque tentative de manipulation. D’ailleurs cela s’appliquait également  à ses pleurs. Pourtant, les récents événements, le jeu et sa propre effronterie l’avaient peu à peu rendu plus légère. Peut-être était-ce lié à son désir de vengeance qui tendait à être satisfait…
Sans y prendre garde, elle s’était progressivement rapprochée de la porte, elle sortit alors de ses pensées, et d’un visage impassible répondit à la dernière saillie de Solitude.


-   Mademoiselle. J’ignore si par ces mots vous souhaitez relever une quelconque incompétence ou un attrait pour la cruauté. Sachez cependant, que mes morts répétées et les balafres que j’arbore - non sans fierté -, sont le coût – bien faible – du don de mon corps au service de ma vengeance.

-   Et cette vengeance n’aspire pas pour autant au sang  ou la souffrance. Il s’agit simplement d’un mal nécessaire. J’achève s’il le faut.  Je meurs s’il le faut. Rien de plus. Et parfois… Pardonnez-moi je vous prie d’être trop humaine. Ma terrible maladresse me rattrape.
 
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Re : [RP à 4 Mains] Dans les bas fonds du Mëtro...
« Réponse #9 le: 10 janvier 2017 à 21:33:02 »
Mourir pour la patrie, pour les idées, pour un idéal. C'était bien beau tout ça, mais une mort n'était jamais nécessaire. Surement un conditionnement de la part du capitaine des ombres pour être certaine que tout ses fidèles la suivraient jusqu'en enfer et même au delà s'il le fallait. Malgré ce genre de réflexion et l'à-priori plus que négatif que la femme au scalpel avait sur le leader de la CdO, il lui faudrait apparemment montrer patte blanche lors de leur rencontre. Mesurer ses paroles, sans renier ce que l'on était. Un exercice auquel elle avait été préparée. Une simple erreur de rhétorique pouvait vous amener à moisir dans les geôles, voire être exécuté sur le champ. Elle n'avait jamais failli, lorsqu'il s'agissait de parler. Une sorte de seconde nature, d'instinct inné de diplomate mêlé à un soupçon de communication visuelle, ce qui permettait souvent d'arriver au résultat attendu. Malgré sa relative confiance en elle sur ce point, Solitude appréhendait le moment futur où elle devrait se présenter, et assurément expliquer à nouveau ses motivations.

Deux nouvelles entailles, la première pour ouvrir assez largement et inspecter la cage thoracique. Les capteurs avaient mal été positionnés, d'où l'oxygène qui n'avait même pas atteint les poumons. Il était mort d'asphyxie, c'était maintenant une certitude. Pas des plus douces. Seconde entaille, plus technique. Elle piqua un peu sur le côté de l'aisselle, et lorsqu'elle trouva l'endroit adéquat, enfonça d'un coup sec le scalpel qui entra sans difficulté. Une résistance, un court instant. Elle força, puis retira la moitié du manche qui était entré dans le corps, avant de le nettoyer. Un nouveau flot de sang, plus épais, coula le long du tronc du cadavre.


" Vous appelez ça du savoir-faire? J'appelle ça une boucherie rudimentaire. "

Trait de caractère pas évident à cerner, de par son apparence, elle sembla s'agacer de ne pas pouvoir obtenir une lame aussi propre qu'au départ de son opération. Elle tenta bien l'eau, et une espèce d'alcool à brûler - surement artisanal, de par l'odeur âcre qui s'évaporait dans le souterrain - qui ne donnèrent rien.


" Nous n'avons plus le temps pour les présentations. Vous l'avez dis vous-même, le temps nous manque. Et je suis Solitude, enchantée. "


A mi-chemin entre le sarcasme et l'exaspération, elle préféra à nouveau dévier du sujet, bien décider à laisser Ida morte et enterrée et crématisée dans cette ruelle sombre des bas-fonds.

" Ce que vous appelez "volontaire" me semble être un caractère bien trempé, qui obtient toujours ce qu'il veut et par tout les moyens. Une grosse partie de la définiton de caractériel, donc. Mais soyez tranquille, je préfère avoir affaire à ce genre de personnalité. Au moins, on sait à quoi s'en tenir, si l'on n'ajoute pas la fourberie à tout cela. "

Batman commençait déjà à "dégonfler". Ses jambes ne le portaient plus vraiment. Seuls des tubules reliant son dos à la machine devaient encore être tranchés. Elle allait s'en charger puis devrait tenter de configurer correctement le caisson de régénération, afin d'éviter ce genre d'incident à l'avenir. La dernière intervention de Seconde, alors qu'elle s'éloignait et la laissait terminer le travail avec le soldat "mort-né", ne lui valut pour seule réponse qu'un regard glacial et un cinglant:

" Tuer ou être tuée, hein? Je me demande comment l'espèce humaine a réussi à survivre jusqu'ici... Un mal nécessaire? Avez-vous ne serait-ce que l'once d'une ébauche d'illusion vis à vis de l'issue de cette guerre? "

Elle secoua la tête de dépit.

" Un jour, cet engin ne pourra plus vous ramener. Croyez-moi. Et ce soldat sera un sacré petit veinard par rapport à ce que vous serez devenue "

Soupir. Elle posa ses deux mains sur le sommet de son crâne.

" Faites attention à vous, sous-lieutenant. Je vous suis, bientôt "

Entrez, mes souvenirs, ouvrez ma solitude !
Le monde m'a troublée ; elle aussi me fait peur.
Que d'orages encore et que d'inquiétude
Avant que son silence assoupisse mon coeur !


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Re : [RP à 4 Mains] Dans les bas fonds du Mëtro...
« Réponse #10 le: 11 janvier 2017 à 14:11:12 »
Seconde inspira profondément. Elle devait rester maitresse d’elle-même. C’était indispensable. Surtout ne pas s’émouvoir. Ne pas s’emporter.  Elle n’était plus guère habituée aux longues conversations. Et cette jeune femme venait de lui rappeler pourquoi elle s’était appliquée à mettre de la distance entre elle et les Ombres.

Seconde se félicita cependant d’avoir été si « sociable ». Car malgré le manque de considération pour son propre travail, et l’adjectif « boucherie rudimentaire »,  Solitude n’en était pas moins efficace. La borne serait libérée sous peu.


- C’est un fait, mes connaissances ne sont pas suffisamment pointues dans ce domaine pour évaluer votre niveau de maîtrise. Néanmoins le résultat est là et je vous remercie de m’avoir apporté votre aide. 

Se dirigeant toujours vers la porte, Seconde s’arrêta près de chacun des corps qui gisaient dans la salle de réincarnation. Sans rien laisser paraître, elle fut soulagée qu’il n’y ait parmi eux aucun visage familier. Sans la regarder, elle continuait d’écouter la jeune femme qui s’affairait. Sa curiosité grandit encore lorsque Solitude esquiva une nouvelle fois sa question, elle se laissait de ce petit jeu et ne releva pas.
Lorsque les propos concernèrent de nouveau le Capitaine Nävis, elle ne put cependant se retenir :


-   Il ne s’agit pas d’être « tranquille ».  Je me fous de la tranquillité. Bien au contraire. La tranquillité est un état bien trop proche de l’ennui. Et j’abhorre l’ennui. Par ailleurs, croyez-le ou non, mais ces coups de sang m’amusent haut plus point. Je les trouve... « Rafraîchissants ». J’apprécie les gens passionnés. Ce trait de caractère m’est totalement étranger, mais je trouve fascinante la façon dont il anime mes paires.

Enfin, Seconde se retourna et fixa de nouveau Solitude et murmura d’une voix blanche.

-   Laissons de côté l’espèce humaine, voulez-vous. La masse est, comme je le fus jadis, proprement aveuglée par le pouvoir politique en place. Je vous l’ai dit. Je ne me fais aucune illusion. Je tente, avec ce qu’il me reste d’humanité, de bon sens, et même si celle-ci se dégrade effectivement de jour en jour – de santé de mettre à mal à un gouvernement qui profite de sa population. Un état qui accumule les machinations, qui déplace, positionne et exécute les gens comme sur des pions sur un jeu d’échec.

-    J’ignore si vos connaissances littéraires s’étendent jusqu’à des œuvres moins… « Classiques »…  Mais si tel est le cas… Sachez que je considère l’écrivain Dan Simmons comme le triste prophète de ce chaos.


Seconde se dirigea ensuite rapidement vers la porte. L’équipe de l’élite de la Compagnie se tenait juste au-dessus d’elle. Ils étaient venu la chercher. Elle se retourna une dernière fois et lança avec un sourire plein de chaleur et de bienveillance :

-   Je n’y manquerais pas... Solitude. Je vous attends là –haut !

Elle ignorait alors que son retour à l’air libre ne serait que de courte durée, et que la violence des combats lui imposerait de redescendre sous terre aussi sec.
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Solitude.

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Re : [RP à 4 Mains] Dans les bas fonds du Mëtro...
« Réponse #11 le: 12 janvier 2017 à 15:30:33 »
Alors qu'elle l'observait en train de s'éloigner, Solitude ne put s'enlever de la tête le dernier sourire que lui avait adressé Seconde. Il tranchait profondément avec la conversation qu'elle venait d'avoir, avec les piques acerbes qu'elles venaient de se lancer, avec la froid et l'humidité de ces galeries de métro. C'était un sourire humain. Ce genre de sourire qui vous surprend et vous colle un violent coup de poing dans la gueule. Presque à couper le souffle. Et elle se demanda "Pourquoi? Comment?". Loin de la distraire de sa tâche, elle se questionnait tout en s'affairant à débrancher le cadavre grossièrement "autopsié". Les tubes pour l'oxygène, l'alimentation en IV et les supplémentations pour accélérer récupération et cicatrisation furent débranchés avec minutie, puis nettoyés pour que le prochain bénéficiaire ait plus de chance de survie. Il ne s'agissait pas de survie dans ce sourire. C'en était même l'exact opposé. Une sorte d'apaisement, de tranquillité par rapport à la vie actuelle, qui n'était, somme toute, pas si folichonne que ça. Comment pouvait-elle sourire de la sorte, tout en sachant pertinemment ce qui l'attendait? Inlassablement, toujours plus de morts, de souffrance, de guerre.

Le terme de poids mort était parfait pour Batman. Il semblait s'être empli de plomb au moment même où il tomba, d'abord à genoux pour face contre terre. Il fallait au moins le retourner et le poser à l'écart, entre les colonnes de béton, à 20 mètres de là. Elle prit son temps pour ne pas tomber d'épuisement à la fin de son effort. Caché à la vue des nouveaux arrivants, elle recouvrit son torse et son visage après avoir découpée une chemise bleue en jean, trouée mais globalement propre. Elle ne pouvait rien d'autre pour lui. La machine nécessitait une petite remise à nouveau, à présent. Ces bornes n'étaient pas bien différentes de celles de l'Aube Rouge. Celles-ci étaient simplement plus vétustes et non entretenues. D'où un nombre de "ratés" important. Si ces souvenirs étaient exacts, il y avait un panneau sur le côté gauche de la borne, pour configurer les différents paramètres de la régénération. Malgré le froid mordant, elle avait chaud. Ses migraines la reprenaient, elle ressortit son mouchoir souillé pour l'appliquer sous son nez.

" Merde, ça se rapproche beaucoup trop "

Elle s'assit, dos à la borne, et tenta de se calmer. Le sang palpitait à ses tempes, résonnant désagréablement à ses oreilles, ne lui permettant pas de maintenir ses yeux ouverts plus de quelques secondes. Pas d'équipements médicaux. Donc aucune chance de tomber sur un chirurgien, ici. Elle ôta son bonnet, découvrant un crâne où quelques millimètres de cheveux dépassaient, sauf une zone d'un peu moins de 6 cm², entre l'oreille gauche et l'occiput. La peau paraissait plus fine, plus rouge aussi, comme s'il y avait des trous dans les os du crâne, qui l'empêchait de se reconstituer normalement. Et autour de cette zone, on pouvait apercevoir un peu partout sur sa tête des blessures plus ou moins anciennes. Des "anesthésies de fortune", comme aimaient appeler ça ses geôliers. Baissant en intensité, elle entreprit de se remettre debout. Rien dans le mouchoir. Une "bonne nouvelle". Il lui fallait forcer le panneau, à défaut d'outils adaptés pour l'ouvrir. Par chance, les fermetures n'étaient pas bien sécurisées, puisque seuls des techniciens devaient être amenés à intervenir sur ces appareils. Le hack de ces cabines relevaient d'une prise de contrôle à la va-vite et d'une programmation à la louche. Pas étonnant que certains y laissent la vie. Seuil minimal de la saturation en oxygène : 70%. Les doses de nutriments étaient tellement basses qu'elles auraient pu à peine faire survivre un enfant de 4 ans. Soumettre des régénérants à ce traitement était au contraire mettre leur corps encore plus au supplice, plutôt que de leur apporter des soins. Peut-être dans une optique de rationnement?

" Ou est-ce que cela serait voulu? " songea-t-il, prise d'effroi.

Hacked by N. indiquait l'écran de contrôle principal. Une chose de plus dont elle pourrait parler avec le capitaine. Elle rehaussa les paramètres principaux, après avoir vérifié les stocks disponibles au niveau de la cabine. A ce train-là, il faudra trouver de quoi réapprovisionner d'ici quelques semaines, si le ballet des réincarnants continuait à cette allure. Sa tâche terminée, elle jeta un dernier coup d'oeil alentour. Rien ne bougeait, pas âme qui vive. Elle devait à présent sortir dans Päris. Réajustant son bonnet, rehaussant son col de manteau et enfilant à nouveau ses mitaines, elle entreprit de sortir. C'était sans compter sur le boucan que semblait faire un blessé, qui se contorsionnait, à l'écart de tout le monde dans le métro. Dans la semi-pénombre, une fois qu'elle se fut approchée, elle reconnut sans mal Seconde Zone. Une sale mine, plusieurs blessures apparentes, de gravité légères à moyennes. Elle avait déjà commencé à s'occuper de cela. D'un ton plus froid qu'elle ne l'aurait voulu, elle lança:


" Heureusement que vous faisiez attention. Un coup de main peut-être? "

Elle s'approcha du sous-lieutenant sans même attendre son avis.
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Re : [RP à 4 Mains] Dans les bas fonds du Mëtro...
« Réponse #12 le: 13 janvier 2017 à 12:44:01 »
Seconde avait bien tenté de rejoindre ses compagnons. Mais à peine fut-elle remontée à l'air libre pour s'entretenir avec Ömega que déjà l'Aube Rouge la ciblait. Elle essuya une première rafle qui la blessèrent grièvement à l'abdomen.

La douleur la foudroya. Elle siffla entre ses dents pour appeler le renard qui la suivait partout. Son salut. Morphine.
L'animal agile ondula jusqu'à elle. Elle prit la petite trousse qui demeurait attachée en permanence à son collier et en extirpa une seringue. Machinalement, elle caressa la tête de la bête pour la remercier.
Les mains tremblantes, elle se piqua à l'intérieur du poignet et en seulement quelques battements de coeur ; la douleur se calma. Mais pas suffisamment pour qu'elle puisse se déplacer sans encombre. Elle augmenta légèrement la dose. Un peu plus. Encore une fois. Elle ferma les yeux quelques instants. Sa paupière gauche tressauta légèrement.
Elle entrouvrit les lèvres. Puis, se dressa de toute sa "petite" hauteur, de nouveau maîtresse d'elle-même.
Rainjah s'apprêtait à lui assener une nouveau coup. Elle ne lui en laissa pas l'occasion, et se précipita vers la bouche d'égout la plus proche. S'enfonçant dans la noirceur apaisante du Mëtro., descendant lentement l'échelle, elle pouvait entendre nettement le "PLOC-PLOC-PLOC-PLOC" de ses gouttes de sang s'écrasant et raisonnant quelques mètres plus bas.

Lorsqu'elle posa le pieds par terre, elle s'effondra à quatre pattes, reprenant son souffle.
Elle n'eut pas le temps de se rétablir convenablement, que déjà Ömega lançait une nouvelle communication. Elle parvint cependant à articuler :


- J'ai... J'ai... Besoin de... soins..... Ces pourritures en ont... Vraiment.... Après moi.

Elle resta silencieuse un instant. Sa cage thoracique se soulevait péniblement, et l'air lui parvenait difficilement.

- Ne... Comptez pas... Sur moi... Tout de...suite. Pouvez-vous... M'attendre...Un peu?
 
La transmission fut brièvement interrompue. Seconde profita de ce répit, pour extraire d’une de ses grandes poches une poignée de cotons immaculés, une fiole de whisky et une petite trousse de couture rudimentaire. Sa mésaventure avec le Capitaine l’avait laissé prévoyante.

Elle renversa le whisky sur le coton, et entreprit de désinfecter la paix. Elle marmonna :

- Gâcher un si savoureux breuvage…. Tsss…Quelle...connerie...

Elle peinait à interrompre les saignements. Il fallait suturer et vite. Avant de perdre connaissance. Tandis que les cotons détrempés s’amoncellaient autour d’elle, elle sortit une aiguille et du fil. Certe il faudrait l’extraire. Mais c’était mieux que rien. Une extrémité coincée sur le bout de la langue, elle entreprit de faire quelques points. Il lui fallait se contorsionner, pour apercevoir la plaie. Si la suture s'avérait trop serrée, les points sauteraient lorsqu’elle se redresserait… L’opération n’en serait que plus difficile… Concentrée sur son affaire, elle ne remarqua Solitude que lorsque cette dernière prit la parole.

Seconde entrouvrit la bouche, pour répondre qu’elle était à même de se débrouiller seule. Mais déjà la jeune femme lui arrachait des mains son kit rudimentaire. Elle frémit. Les contacts physiques étaient rares. Générallement, elle se prodiguait elle-même les premiers soins. Le "reste" était reporté à "plus tard". Et le plus tard ne venait jamais. Quand aux franches accolades de camaraderie au retour de mission... Elle ne versait plus dans ce sentimentalisme.

Instinctivement elle rapprocha sa main gauche de sa lame. Juste au cas où. Par précaution. Elle murmura un :


- Mer….ci… Ils m’ont prise… Pour cible. Semble…t-il…

Seconde ne précisa pas, que sans la mise en garde de Solitude, elle serait rentrée dans un combat au corps à corps avec Rainjah… Et les dégâts auraient été pure. En effet, elle avait fait attention. Mais il lui sembla inutile de le mentionner.
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Re : [RP à 4 Mains] Dans les bas fonds du Mëtro...
« Réponse #13 le: 14 janvier 2017 à 13:20:03 »
C'est en se posant à genoux devant Seconde qu'Ida - ou ce qu'il restait de cette femme du passé - vit ses narines agressées par l'alcool. N'étant pas fine connaisseuse, elle n'aurait pu dire de quoi il s'agissait, que ce soit de l'alcool à boire ou à brûler. Mais l'odeur âcre la prit un peu de court. Elle repéra ensuite ce qui ressemblait à des boules de coton usagées. Surement imbibées pour permettre de désinfecter. Une chose de moins à faire. Habituellement, c'était sans ménagement qu'elle accomplissait cette opération. Ses "clients", d'ailleurs, ne pouvaient pas s'en plaindre; une autopsie étant le genre de procédé indiquant un manque flagrant de vivacité chez le patient.
L'Ombre-Sous-Lieutenant avait déjà bien dégrossi le travail. Les plaies, d'où son sang avait dû s'écouler abondamment, même en étant encore à vif, ne laissaient plus s'échapper que des quantités modestes du fluide rouge.
Elle remarqua tout de suite la blessure la plus importante. La cavité abdominale n'avait pas été transpercée, les muscles, bien que touchés, ne présentaient que des sortes d'estafilades, mais aucun coup d'estoc. Les autres blessures étaient du même genre, mais moins profondes. Les recoudre seraient donc beaucoup moins délicat. A première vue, l'attaque avait été si soudaine que même les assaillants avaient réagi à l'instinct, n'avaient rien préparé. Surement une chance pour Seconde Zone. A la vue de tout ceci, Solitude tendit les mains vers le kit, le fil et l'aiguille que tenait le soldat. La blessée avait ouvert la bouche, comme pour protester, mais aucun son ne se fit entendre. Prenant cela pour une autorisation, la civile s'empara de tout le nécessaire pour entamer sa nouvelle carrière "d'infirmière".

Un léger soubresaut lorsque ses doigts touchèrent ceux de la jeune femme. Elle sentit aussi une réaction de la part de sa patiente, mais ne s'attarda pas dessus. Le temps pressait.


" Serrez les dents. Vous allez avoir un mal de chien, mais c'est ça ou mourir à petit feu. "

Elle se haïssait d'annoncer cela d'un air si indifférent, quand, au fond d'elle, elle crevait tout simplement de trouille. Mais faire ressentir son appréhension à ce moment n'aurait pas été pour rassurer Seconde, premier point. Et second point, tout comme elle était incapable de rire, il semblait qu'elle ne puisse pas démontrer ce genre de sentiment non plus. Elle avait remarqué sa main qui s'était portée non loin du manche du couteau de boucher, prête à le faire luire puis serpenter dans la pénombre du métro, au moindre geste suspect.

" Si je souhaitais vraiment votre perte, je vous aurais évitée et je serais venue vous achever lorsque vous auriez été plus faible. Vous ne croyez pas? "

Elle soupira, laissant tomber cette histoire aussi. Après tout, il était question de collaboration, ici. Pas de confiance. Elle comprenait cette réaction, même si elle aurait préféré l'éviter. Enfin, la survivante lui adressa quelques mots, d'une futilité déroutante, au demeurant. Mais qui décide de ce qui est futile en de pareils instants? Ce à quoi Solitude répondit:

" J'ai connu des cibles moins en état de parler que vous. Bouclez-là, respirez aussi profondément que possible et ne résistez pas si vous sentez l'évanouissement venir. Je veillerai le temps qu'il faudra. "

L'instant fatidique était arrivé. Malgré le chaos intérieur, rien ne paraissait en surface. Son visage était une mer d'huile, recouvrant les lames de fond de peur et d'angoisse. Après avoir désinfecté l'aiguille avec les moyens du bord, elle jeta un dernier regard à Seconde Zone, prit une longue et profonde inspiration avant d'approcher l'aiguille. Pas de possibilité d'anesthésier localement; il fallait espérer que la blessée s'était aussi bien imbibée que ses cotons. La main tremblante, elle dut se faire violence pour raffermir sa prise et rester maitresse de ses mouvements. C'est parti. Elle planta l'aiguille une première fois, la fit rejoindre l'autre extrémité de la plaie, perça à nouveau, resserra les deux pans de peau et de chair sans trop forcer. Autant y aller progressivement, quitte à devoir refaire un point plus tard. Alors qu'elle continuait son travail méticuleux, elle n'entendait plus rien autour d'elle. Que Seconde puisse être en train de hurler ou demeurer silencieuse, elle n'aurait pu faire la différence. Elle était simplement concentrée à l'extrême sur sa tâche, et quoiqu'il arrive, il lui fallait aller au bout.

[...]

Les sutures s'enchainèrent, et les augures semblèrent favorables aux deux femmes. Le fil semblait tenir, l'abdomen de Seconde se soulevait et s'abaissait toujours à un rythme plus ou moins régulier. Seule sa peau était d'un froid de mort, chose peu étonnante aux vues de l'environnement où elles se trouvaient. Au sortir de sa "transe", Solitude put constater que le souffle de l'Ombre n'indiquait pas de complication, à l'heure actuelle. Elle s'épongea le front avec l'avant bras, avant, à nouveau de jeter un regard vers sa première patiente vivante - jusque là - Etait-elle toujours consciente?
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Re : [RP à 4 Mains] Dans les bas fonds du Mëtro...
« Réponse #14 le: Hier à 20:33:34 »
Seconde regarda sans un mot Solitude tu lui prodiguer des soins. Lorsque cette dernière lui mentionna :

” Serrez les dents. Vous allez avoir un mal de chien…”


Seconde haussa un sourcil dubitatif. Il lui sembla inutile de mentionner quelles étaient les petites astuces qu'elle s’octroyait pour tenir lors des combats.

La morphine. Ses bienfaits. Ses effets indésirables…. L’accoutumance avait certes ses inconvénients. Si elle venait à en être privée trop longuement, se maintenir en forme pourrait s’avérer… Compliqué. En revanche, la prise régulière de doses lui permettait désormais de ne plus souffrir de vomissements, ni même de somnolence passagère... Et bien évidemment, de se faire recoudre à vif sans même sourciller. N

on vraiment. La morphine possédait bien plus d’avantages qu’elle ne provoquait de désagréments.

Calmement, elle regarda les mains agiles de la jeune femme s’affairer sur la plaie. Plus aucune émotion ne la traversait. Elle se sentait simplement...Apaisée.

Elle entendit une voix lointaine… “Si je souhaitais vraiment votre perte…


Elle dût se concentrer pour s’en souvenir. Fâcheux. Au moins récupérait-elle progressivement. Elle parlait déjà mieux.

- Hum. Vous avez sûrement…. raison. Mais mieux vaut prévenir les comportements imprévisibles.... J’ignore toujours pourquoi… vous êtes parmi nous après tout...

Elle fronça les sourcils pour mobiliser à nouveau sa concentration. Peut-être avait-elle un peu forcé sur la dose cette fois-ci. Malgré elle, son corps s'affaissa légèrement. L’espace d’un instant, elle rêva d’une douche chaude. Pour se débarrasser de tout ce sang….
A nouveau la voix lointaine…

Cette fois, elle n’exigeait pas de réponse. Néanmoins, Seconde reprit :


- Et vous êtes toujours… Aussi… “consciencieuse” avec tous vos patients?!

Contrairement à ce que pressentait Solitude ; Seconde ne s'évanouit pas. Elle était calme. Elle la regarda œuvrer sans un mot. Quand ce fut fait, elle sortit de son sac, une petite barre énergétique, qu’elle grignota du bout des dents. Elle n’avait pas vraiment faim, mais jugea cet apport nécessaire à sa remise en forme. A nouveau elle frissonna.

Malgré la morphine et les sucres rapides qu’elle venait d’ingérer, elle était salement affaiblie. Elle avait dû perdre plus de sang qu’elle ne le pensait.

Posant alors les yeux sur Solitude, elle lui tendit une deuxième portion :


- Merci. Vraiment. Vous en voulez? Ce n’est pas fameux, mais çà vous donnera aussi un coup de fouet.


Seconde tenta de se relever, mais ses jambes n’était guère solides. A tout moment, elle sentit qu’elle pouvait s’effondrer.


- Votre bras s’il vous plait...

-= Seconde Zone =-

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